Charles Marcon, peintre et dessinateur: articles et critiques

Articles 

Nous vous invitons chaleureusement à nous envoyer vos contributions, vos réactions, que nous retrouverons dans cette rubrique; à vos plumes !      nous contacter                          

 

article de Nicolas Maldague

Nicolas Maldague nous livre sa réaction d'artiste peintre et graveur.

lire l'article

voir le site de Nicolas Maldague

 

Parcours pictural (*)

    Dans l’œuvre d’une vie d’artiste, on aime à distinguer des « périodes », discerner un cheminement, une chronologie des découvertes, des influences, concordant avec la vie personnelle de l’artiste. Il sera rassurant d’en dégager la cohérence d'une quête, d’y déceler une psychologie familière. N' oublions pas qu’un peintre moderne est avant tout un inventeur de formes visuelles; la forme appelle la forme, la composition engendre le sujet. Expression personnelle et recherche plastique sont des ressorts autonomes qui se stimulent ou s'influencent à des degrés différents suivant les artistes. Chez Marcon, cette liberté de création prend beaucoup d'importance, le poussant parfois vers les limites de l’abstraction. 
 
    Marcon a toujours beaucoup dessiné. Autodidacte, il s'était déjà inventé un monde visuel bien à lui lorsque sur les recommandations du docteur Langlade il commença à peindre vers 1950. Très vite sa peinture attire l'attention de la critique, et le soutien du galeriste JC Bellier, rencontré chez Madeleine Castaing, lui permettra dès 1954 de développer sereinement son langage. Gravitant autour de la galerie St Placide, il frôle le Prix de la Critique, puis prendra rapidement ses distances. La palette est brute, l'expression spontanée en apparence, toujours empreinte d'une poésie sereine. 
   
   Après cette période de révélation, les années 1959-1973 sont particulièrement inventives et fécondes. Dès 1959, les formes se simplifient, les couleurs en aplats accentuent le caractère expressionniste des œuvres ("la maison jaune"). Et  débutent la synthétisation des formes et des couleurs, l’usage des taches ("personnages allégoriques"), les inventions de perspective se multiplient. Le dessin s’affirme au cœur de la composition; Marcon aborde le thème tauromachique, auquel il reviendra très régulièrement jusqu'en 2006, en dessins comme en peintures.
   De 1970 à 1972, il crée un style unique de dessins très fouillés, rehaussés de tons jaunes et bleus ("double regard""paysage"). Il n’y est plus revenu par la suite, mais y a gagné en maîtrise et mêlera fréquemment avec bonheur le travail à l’encre avec la peinture ("l'homme qui sème aux oiseaux").
   A partir de 1974 suit une période de consolidation dont le point final est mis lors de l'exposition de New York à la galerie Félicie en 1984.
   
   1984 voit apparaitre une transformation bien marquée. Les couleurs deviennent très vives et sont juxtaposées avec audace : des fonds unis rouges ou bleus « à la Klein » ("danse"), des pigments purs et mats à la matière grumeleuse, appliqués avec le minimum de colle et de vernis. Il se passionne pour le format carré. Il change sa signature en un monogramme CM. Les liens avec JC Bellier se distendent pour disparaitre en 1990.
    Mozart, auquel il se consacre presque entièrement entre 1991 et 1992, est pour lui l’occasion de multiples variations et fugues en termes de compositions et techniques ("fantasia").
   
    Au-delà de 1993, bien des œuvres tendent progressivement vers l’abstraction ("météore", "jeu de lumière", "printemps"). Les années 2000 voient naître de plus en plus d’œuvres qu’on peut qualifier de paysages abstraits ("opus3"). La palette s'élargit, s'affine encore.
    Ainsi qu’il l’avait fait pour Mozart, il se lance passionnément dans le sujet exclusif du polo en 2002-2003. C’est pour lui l’occasion d’exprimer ce sens du mouvement  si personnel, créant des chorégraphies étonnantes, déclinées de toutes les manières à sa disposition.("triangulaire""polo miroir").
    Le peintre, à 80 ans passés, préfère le petit format carré de 30x30 cm ("Chavanay"). De nouvelles techniques mixtes aux combinaisons de couleurs très nuancées - des gris, des violets et verts délavés - font  encore une fois la preuve d’une créativité tenace, alliée à une grande sureté d’exécution : l’expérience donne à voir la délicatesse, la vitalité poétique.
 
(*): voir aussi la biographie
 
(PT mai 2011 & janv2013)
 

 Rétrospective 2009: le commentaire de Lydia Harambourg.

Peintre discret qui s'est toujours tenu à l'écart des querelles de chapelles, Charles Marcon, né à Terrenoire dans la Loire, a mené son oeuvre dans une indépendance totale, garante de l'authenticité du langage qui est le sien. La rétros­pective que lui consacre la mairie du VI' arrondissement permet d'appréhender cinquante années de peinture. Si le dessin fut le déclic d'une vocation irréversible, très vite la couleur s'impose comme le médium d'une expression visionnaire ouverte sur un imaginaire onirique. Sa propension à une tona­lité informelle a séduit Madeleine Castaing qui soutint Marcon à ses débuts. Le relais sera alors pris par Jean-Claude Bellier qui l'exposera régulièrement de 1957 à 1990. Les critiques d'art Waldemar George ou Jean Bouret ne s’y trompent pas, qui reconnaissent en lui un peintre authentique, à l’univers personnel. Aucune hésitation à identifier une toile de Marcon. La flamboyance de sa palette franche, dont il joue à partir d’un emboîtement de formes allusives, submerge un espace puissamment structuré. Ces articulations s’appuient sur un dessin qui s’invente au fur et à mesure, recréant une spatialité intemporelle.
 
Un espace suggérant un sentiment d'apesanteur dans lequel évoluent aussi des personnages ou encore des fragments de paysages, amorçant une histoire dont chacun poursuit le récit. Sa peinture joue sur les ruptures, tant plastiques que colorées. Les couleurs, travaillées par touches, vibrent d'un éclat particulier que renforce une juxtaposition chromatique où les bleus, le jaune, le carmin et le vermillon déclenchent une musicalité particulière. Ces gammes chaudes rompues par des couleurs froides sont au coeur de la peinture de Marcon, interprète d'un réel dont il nous dit la complexité mais aussi la beauté secrète. Son lyrisme se nourrit d'une poésie qui se teinte d'une tendre nostalgie, notamment dans les portraits. Mystérieuse et fantasque, l'oeuvre se décline comme les strophes d'un long poème qui nous accompagne longtemps après que nous l'ayons reçu.

Lydia Harambourg, article paru dans La gazette de l’Hôtel Drouot du 18 septembre 2009.

 

interview

Fabrice Mengotti réalisa cet interview de l'artiste en 2005 lors d'une exposition à Aulnay Sous Bois. suivez ici le lien

 

 Extraits du livre "Charles Marcon peintures 1990-2000".

Au début il y a la couleur…
Les couleurs somptueuses et rares. L’univers de Marcon, c’est le mystère étroitement lié au réel. Il nous propose une peinture figurative et visionnaire. De ces compositions il émane à la fois une énigmatique beauté et une sérénité toute classique. Figer sa vision de l’univers, restituer l’émotion première. Restitution orchestrée… A la croisée d’un moment de l’artiste et d’un moment de la nature qui soudain, au-delà des apparences changeantes, nous livre ce qu’elle a d’essentiel. Tout se met à jouer avec une grande audace dans la juxtaposition des tons. Il ne reste plus alors à Marcon, inépuisable inventeur de couleurs, qu’à tailler la lumière.
...
Cette captivante beauté…
Source d’émotions intenses et révélatrice de sentiments ignorés. Elle donne forme aussi à nos peurs et interrogations. Rien de fortuit, rien d’anodin. Entrez, vous êtes définitivement pris au piège de  « l’état peinture ». Glissez dans un univers peuplé de solitudes ; les destins y déambulent et se croisent pour un temps, puis repartent différents.
...
Nature vivante.
Couleurs expressives et pures, dessins spontanés et simplificateurs. Voici qu’ils s’entremêlent à la limite de l’identifiable, pour mieux nous captiver. Dans ces décors féeriques où le temps est aboli, enfin s’accordent toutes les contradictions : force et délicatesse, raison et sensibilité, rêve et réalité. Aux confins de ces mondes, l’inquiétude rôde sinon le drame. Les touches éclatantes pourtant nous parlent d’espoir. 

(textes de Yves Dardaud, tirés du livre publié en 2000: " Charles Marcon, peintures 1990-2000" ).

 

Abstrait?

Le processus créatif d’un artiste reste mystérieux. Charles Marcon ne parle guère. Il nous en livre cependant une clé dans un interview réalisé fin 2005  : « On dit que je suis abstrait : c’est vrai. On dit que je suis figuratif, c’est vrai ». Il est en cela pleinement moderne. Et l’artiste d’évoquer son cheminement à partir d’un concept abstrait, que le travail rend de plus en plus figuratif.

Charles Marcon ne décrit pas : il compose. Parfois une histoire se devine entre des personnages, une action se déroule, laissant la part belle à l’imagination du spectateur. Le monde qu’il porte à la toile est rêvé, il doit son existence en bonne part au processus de composition lui-même.

Le caractère abstrait va s’accentuant au fil des années, comme en témoignent « Fête de nuit » (1972), « météore » (1993), « Jeu de lumières » (1994), « Opus 3 » ( 2009).

Poursuivant l’évocation peu bavarde de son processus créatif à partir d’une idée abstraite, l’artiste dit « creuser le coup » jusqu’au moment où l’œuvre prend vie. Alors, selon ses mots : « Quand c’est vivant, c’est un tableau ».

Sans aucun doute, cette vie crée-t-elle ce besoin toujours renouvelé pour l’amateur de se frotter à l’œuvre, cette incapacité de la garder intacte à l’esprit lorsque le regard la quitte. Marcon a ce talent de s'arrêter à temps, laissant le spectateur dérouler son poême.

(PT, fév. 2011)

 

Redon

On cite parfois Odilon Redon pour appuyer le caractère essentiellement onirique de l’œuvre de Marcon. Cette année s'est déroulée une belle exposition sur Odilon Redon, intitulée "le prince du rêve", l'occasion pour moi d'y faire mon opinion. Si la citation est pertinente, il ne faudrait pas surestimer cette influence. Certes, on retrouve des assemblages de couleurs voisins dans les paysages oniriques de Marcon et les panneaux décoratifs de Redon. Leur traitement des bouquets me semblent proches. Mais pour les deux artistes le propos, la technique, l'intention, la puissance expressive sont bien différents. Redon met ses moyens picturaux au service de la narration d'un rêve. Ce dernier s'inscrit dans la démarche symboliste, proche des post romantiques "wagnériens". Il quitte ensuite le symbolisme pour la décoration, elle aussi rêvée. Alors que Redon développe les éléments constitutifs de son rêve, Marcon ne détaille pas, mais il est plus visuel, plus expressif: son propos sera parfois d'exprimer des émotions inspirées par une situation réelle, ou bien de donner un contenu réel à l'image qu'il veut composer, comme le faisait Juan Gris par exemple, et tant d'autres.
(PT, aout 2011)

 

Du mouvement

Rien n'est statique chez Charles Marcon, la ligne droite et même la courbe lisse est absente. La gravité ne semble pas affecter les personnages, évoquant pour certains la peinture de Chagall à cause du caractère "flottant" des personnages par rapport à l'espace.Je n'ai pas vu cette référence mentionnée par aucun critique; elle revient toutefois régulièrement chez les gens qui découvrent Marcon.Je pense que cette ressemblance est seulement apparente.

Toutes les scènes chez marcon ont un caractère vivant. L'action elle même est en devenir.C'est pourquoi des thèmes comme la corrida ou le polo conviennent parfaitement à son expression. Le premier, surtout, parce qu'il rajoute une scénographie, un espace, où Marcon donne la pleine mesure de ses moyens de dessin.

Raymond Charmet en avait décelé le sens profond: « Ainsi chez Marcon, tout s’inscrit dans l’élan de la vie. On a le sentiment d’une attente, pesante, mais pleine d’actions futures, d’un silence profond, mais qui va parler, d’une obscurité des choses et des hommes, mais nourricière de lumière. L’art de ce peintre si profondément intérieur, ne se révèle qu’à une attention recueillie ».

(AF aout 2011)

 

Les sujets d'inspiration

Le peintre a ses sujets de prédilection, qu’il revisite régulièrement, pour chaque fois les enrichir d’une variation originale. La tauromachie est l’un des plus marquants, tant en dessin qu’en peinture. La danse, le cirque, furent souvent traités, la maternité aussi. La musique occupe une grande place dans sa vie et dans son œuvre.  Vers 1991, il consacrait près de deux ans de création à Mozart, à l’occasion du bicentenaire de sa disparition.

Les poètes aussi ont façonné la sensibilité, les rèves de l’artiste. Ainsi René Char, Arthur Rimbaud dont il fera un portrait habité. « Rien de plus cher que la chanson grise où l’indécis au précis se joint », disait Verlaine dans son Art Poétique. Cet aspect est souvent palpable dans les œuvres où des personnages évoluent dans un paysage naturel : collines, vergers, bords de mer, ou même dans un chaos urbain. Ces personnages vont en procession, ou se répondent entre les différentes parties d’un tableau. Jamais décrits ou statiques, comme insaisissables.

Ce qui se passe entre ces personnages reste mystérieux. Bien souvent, ils mènent une existence solitaire, en marge d’un groupe à qui ils semblent appartenir alors même qu’ils s’en démarquent. Plus d’une fois, c’est un couple qui affirme ainsi son existence, et l’on sent bien que les choses ne sont pas simples. La vie personnelle de l’artiste  transparaît dans ces scènes où dominent les sentiments de perplexité, de questions non résolues.

(PT, mai 2011)

 

 

 Les mots des critiques

 

WALDEMAR GEORGE
 
L’œuvre de Marcon est-elle un objet de scandale ? Cette œuvre est, en tout cas, un défi et une provocation. Des monstres peuplent l’univers que le peintre met en scène. Des fantoches et des êtres contre nature, faits d’écorce ou de mousse, surgissent du néant d’un espace fabuleux que nimbe et irradie l’étincelante lumière des fonds or byzantins.
 
Des masques de carnaval et des têtes de massacre côtoient dans les toiles d’un bizarre visionnaire les inquiétants symboles du culte mithriaque et les ballerines aux mouvements d’automates, dont le spectacle est une parade burlesque ou bien une danse sacrée.
 
Aucun coloriste de la génération de ce funambule et de ce thaumaturge n’a la puissance hallucinatoire qui égale celle du peintre maudit de l’ »Orphée Noir » et des « Forains Nocturnes. Je salue en Marcon l’augure et le prophète d’un art fondé sur l’imagination que Baudelaire qualifiait de reine des facultés. Cet art d’un hérésiarque qui s’oppose à un style conforme au goût du jour, à son orthodoxie, à ses poncifs et à ses lieux communs nous introduit dans un domaine féerique. Il rejoint à la fois la poésie et la dramaturgie. Je ne puis regarder un tableau de Marcon sans songer à ce mot d’Oscar Wilde, auteur du « Prince Heureux » et prince du paradoxe : « Il n’y a que deux choses de quelque importance dans l’histoire du monde. La première est l’apparition d’une nouvelle forme d’expression artistique. La seconde est l’apparition d’une nouvelle personnalité artistique. »

 

ANDRE PARINAUD   (lien wikipedia)

« Les solutions plastiques qu’il propose ont autant d’interêt que ses visions. A l’époque où il est à la mode d’affirmer la mort du dessin et de la peinture, il poursuit tranquilement son chemin dans la peinture, dont il enrichit la tradition.[…] On a seulement besoin de talent, de décision, d’invention ».  

 

JEAN BOURET    (lien wikipedia)

"Marcon est un stéphanois. Il appartient à cette race dure, fermée, d'ouvriers minutieux et de paysans lents comme leur parler, qui constituent au centre de la France un noyau sur lequel se brisent toutes les tentatives de pénétration des civilisations périphériques. Une race de rêveurs éveillés aussi ! [...] 

Un peintre "dur", sans concession au "joli", et de plus en plus muré dans un univers à la fois tragique et baroque qui n'est pas sans évoquer Odilon Redon. Le thème de la danse, celui des corridas le passionnent successivement. Il fait preuve d'un expressionnisme larvaire, celui qui certainement avait séduit Madeleine Castaing, défenseur et supporter en son temps de Soutine, lorsqu'elle connut Marcon.

[...] Ce sont d'étranges toiles en vérité que ces formats allongés comme des bandeaux, et surchargés de minuscules traits qui font des toiles des sortes d'eaux fortes. A cet insolite du procédé vient se mêler un insolite de la figuration et c'est bien entendu là qu'il faut tenter de saisir Marcon. Quel est son monde? celui d'Odilon Redon, celui d'Edgar Poë, celui des caprices de Goya où la raison enfante des monstres...C'est le monde de la nuit trouée des aurores de la chair, le monde du ballet fantasque que dansent les désirs en cortège galant. Le surréalisme est de bien loin dépassé, Marcon a dérobé les clés du mystère et c'est d'une étrange beauté, une beauté à vous couper le souffle. Enfin une peinture qui ne ressemble à nulle autre, une peinture personnelle... Mais si vous entrez dedans vous êtes définitivement pris au piège comme vous l'êtes, lorsqu'en littérature vous entrez dans l'"Ulysse" de James Joyce ou la "Justine" de Lawrence Durrel, comme lorsqu'en poésie vous suivez la Sorgue de René Char et ses mythes solaires.

La peinture de Marcon n’est pas pour tous, c’est une peinture pour les "initiés" […] C'est aussi une peinture qui n'est pas comme dans les auberges espagnoles où l'on veut qu'il faille apporter son manger, mais une peinture où tout vous est fourni du problème plastique et du contenu onirique, bref, la peinture d'un très grand, très rare et très insolite artiste de ce temps".

( extraits de son article intitulé "Les promesses tenues" publié dans le catalogue de l'exposition commune Marcon - Signori organisée par JC bellier en 1969.)

ALAIN BOSQUET     (lien wikipedia)

« Le plus original chez Marcon sont ses toiles presque abstraites, où le mouvement se fond dans une sorte de tourbillion nocturne. On sent des mouvements  graves et fondamentaux, et en même temps on voit des formes étherées, laissant la part belle au vide, à l’imaginable qui sépare le réel du pré-réel. 

« On ne doit pas intellectualiser à l’excès un peintre qui est essentiellement naturel, sans trop de préméditation, et doué d’une belle violence. Mais passer à côté de cet aspect élaboré de ces toiles, si directes à première vue, serait injuste. Marcon est un Vuillard des tempêtes. » 

 

GEORGES HILAIRE  

« … Le jeu discipliné des taches tient lieu de graphisme, de système d’accentuation et d’expression figurative… La nouveauté de ce peintre est d’avoir, par plus de sincérité que de recettes, figuré avec joie non seulement le mouvement virtuellement exprimé, tel que nous pouvons l’apprécier quotidiennement au spectacle et dans la vie, mais la source même du mouvement potentiel, le mouvement « en blanc », d’où rayonne cette délectation à la fois spirituelle et sensuelle, cérébrale et musculaire, immobile et dansante qui est le propre de l’expression plastique ».

 

RAYMOND CHARMET  

« Au cours des siècles, tant d'expériences formelles, tant d'explorations du monde extérieur et du monde intérieur ont été accomplies dans toutes les directions possibles, qu'il semble que désormais tout soit dit dans les arts plastiques. Ce n'est pourtant qu'une illusion. Un artiste vraiment doué peut encore une fois trouver le chemin des "terres inconnues", disparues sur notre globe, mais inépuisables en art.

Tel est le cas de l'autodidacte Charles Marcon, venu assez tard à la peinture et qui, arrivé à la quarantaine, apporte une oeuvre singulière et puissante, étrangère à toutes les écoles. Au premier abord elle se situe dans un climat analogue à celui de Goya, de Redon, de Soutine. Ce n'est pourtant qu'une apparence. Ses thèmes, vie funambulesque du cirque, repas énigmatiques, rencontres du hasard dans les rues, exaspérés en des sortes de rêves hagards, ne relèvent nullement d'un art littéraire, ni même fantastique ou expressionniste. Ils sont pris au coeur d'une réalité dont on ne s'était pas encore avisé, d'une réalité immédiate et primitive,silencieuse et ultra-nerveuse, perçue par des sens d'une infinie délicatesse.

Les formes , reconnaissables presque toujours, sont bien celles des choses et des êtres familiers mais ramenés à l'élan originel qui les constitue, à la dilatation simple et ardente de l'amibe. D'où ces humains onduleux, tout en gestes et en dilatations, qui sont comme la vie de l'univers. D'où ces perspectives imprévues où la pesanteur se résoud dans la tension de l'espace. On se trouve replongé dans la création continuée, dont parlaient autrefois les philosophes, et qui subsiste à chaque instant.

Les couleurs jaillissent également d'une nuit permanente et initiale. Le faune devient nappe d'or, comme le soleil du matin, le bleu et le rose flambent, ainsi que dans les plantes et les insectes, premiers produits de la substance vivante. L'artiste sait déployer ces tons, traités dans une riche pâte, en coulées, en giclements, en plages qui envahissent la toile de leur poussée éclatante et irrésistible.

Ainsi chez Marcon, tout s’inscrit dans l’élan de la vie. On a le sentiment d’une attente, pesante, mais pleine d’actions futures, d’un silence profond, mais qui va parler, d’une obscurité des choses et des hommes, mais nourricière de lumière. L’art de ce peintre si profondément intérieur, ne se révèle qu’à une attention recueillie. Il est si nouveau qu'il déconcerte d'abord. Mais il est, en définitive, l'un de ceux qui nous apprennent quelque chose de véridique, d'émouvant sur nous-mêmes, et il correspond, avec une étonnante précision, à la grande aspiration moderne vers la découverte de notre force et de notre vie secrète. ».

( Article paru dans le catalogue de l'exposition à la galerie JC bellier en jui 1960). 

Septembre 2009: Exposition Senn Foulds au musée Malraux du Havre

Le musée André Malraux du Havre exposait en septembre 2009 la dernière donnation de la collection de Mr Edouard SENN. Cotoyant notamment de grands noms comme Picasso ou de Stael se trouvaient exposées deux oeuvres de Charles Marcon, reproduites ci après.

File 2009_1_22.jpg© Collection SENN, musée Malraux, ville du Havre - Charles Maslard

"Comportement d'homme", 1970  (pastel et gouache sur papier craft)

 

File 2009_1_23.jpg
© Collection SENN, musée Malraux, ville du Havre - Charles Maslard

"taureau, deux personnages" 1964 ( pastel et gouache sur papier craft).