Charles Marcon, peintre et dessinateur: articles et critiques

 

Nous vous invitons chaleureusement à partager vos réactions, à nous adresser vos articles que nous retrouverons sur cette page.

 

Parcours  pictural

Se penchant sur l’œuvre d’une vie d’artiste, on aime à distinguer des « périodes », discerner un cheminement  révélant la chronologie des découvertes, des influences. Beaucoup y relient les événements de la vie personnelle de l’artiste. Il est en quelque sorte rassurant d’y percevoir une quête, d’y déceler des réactions qui nous sont familières. N' oublions pas qu’un peintre est avant tout un inventeur de formes visuelles; la forme appelle la forme, la composition engendre le sujet. Expression personnelle et recherche plastique sont des ressorts autonomes qui se stimulent ou s'influencent à des degrés différents suivant les artistes. Chez Marcon, cette liberté de création prend beaucoup d'importance, le poussant vers l’abstraction. 

Les années 1959-1972 sont particulièrement inventives et fécondes. Dès 1959, les formes se simplifient, les couleurs en aplats accentuent le caractère expressionniste des œuvres ("la maison jaune"). Et  débutent la synthétisation des formes et des couleurs, l’usage des taches ("personnages allégoriques"), les inventions de perspective se multiplient. Le dessin s’affirme au cœur de la composition; Marcon se lance dans le thème tauromachique, auquel il restera fidèle; de 1962 à 1967 il produit de nombreuses encres somptueuses sur ce thème.

De 1970 à 1972, il crée un style unique de dessins très fouillés, rehaussés de tons jaunes et bleus ("double regard", "paysage"). Il n’y est plus revenu par la suite, mais y a gagné en maîtrise et mêlera fréquemment avec bonheur le travail à l’encre avec la peinture ("l'homme qui sème aux oiseaux").

Après une période de consolidation, apparaît à partir de 1984 une renaissance des couleurs. Elles deviennent très vives et sont juxtaposées avec audace : des fonds unis rouges ou bleus « à la Klein » ("danse"), des pigments purs et mats à la matière grumeleuse, appliqués avec le minimum de colle. Il se passionne pour le format carré. C’est aussi vers 1984 qu’il commence à signer du monogramme CM.

Mozart, auquel il se consacre presque entièrement entre 1991 et 1992, est pour lui l’occasion de multiples variations et fugues en termes de compositions et techniques ("fantasia").

Au-delà de 1993, bien des œuvres tendent progressivement vers l’abstraction ("météore", "jeu de lumière", "printemps"). Les années 2000 voient naître de plus en plus d’œuvres qu’on peut qualifier de paysages abstraits ("opus3").

Ainsi qu’il l’avait fait pour Mozart, il se lance passionnément dans le sujet exclusif du polo en 2002-2003. C’est pour lui l’occasion d’exprimer ce sens du mouvement  si personnel, créant des chorégraphies étonnantes, déclinées de toutes les manières à sa disposition.("triangulaire", "polo miroir").

Le peintre, à 80 ans passés, préfère le petit format carré de 30x30 cm ("Chavanay"). De nouvelles techniques mixtes aux combinaisons de couleurs très nuancées - des gris, des violets et verts délavés - font  encore une fois la preuve d’une créativité tenace, alliée à une grande sureté d’exécution : l’expérience donne à voir la délicatesse, la vitalité poétique.

(PT mai 2011)

 

interview

Fabrice Mengotti réalisa cet interview de l'artiste en 2005 lors d'une exposition à Aulnay Sous Bois. suivez ici le lien

 

 

abstrait?

Le processus créatif d’un artiste reste mystérieux. Charles Marcon ne parle guère. Il nous en livre cependant une clé dans un interview réalisé fin 2005  : « On dit que je suis abstrait : c’est vrai. On dit que je suis figuratif, c’est vrai ». Et l’artiste d’évoquer son cheminement à partir d’un concept abstrait, que le travail rend de plus en plus figuratif

Charles Marcon ne décrit pas : il compose. Parfois une histoire se devine entre des personnages, une action se déroule, laissant la part belle à l’imagination du spectateur. Le monde qu’il porte à la toile est rêvé, il doit son existence notamment au processus de composition lui-même.

Le caractère abstrait va s’accentuant au fil des années, comme en témoignent « Fête de nuit » (1972), « météore » (1993), « Jeu de lumières » (1994), « Opus 3 » ( 2009).

Poursuivant l’évocation peu bavarde de son processus créatif à partir d’une idée abstraite, l’artiste dit « creuser le coup » jusqu’au moment où l’œuvre prend vie. Alors, selon ses mots : « Quand c’est vivant, c’est un tableau ».

Sans aucun doute, cette vie crée-t-elle ce besoin toujours renouvelé pour l’amateur de se frotter à l’œuvre, cette incapacité de la garder intacte à l’esprit lorsque le regard la quitte. Marcon a ce talent de s'arrêter à temps, laissant le spectateur continuer le chemin.

(PT, fév. 2011)

 

Redon

On cite parfois Odilon Redon pour appuyer le caractère essentiellement onirique de l’œuvre de Marcon. Cette année s'est déroulée une belle exposition sur Odilon Redon, intitulée "le prince du rêve", l'occasion pour moi d'y faire mon opinion. Si la citation est pertinente, il ne faudrait pas surestimer cette influence. Certes, on retrouve des assemblages de couleurs voisins dans les paysages oniriques de Marcon et les panneaux décoratifs de Redon. Leur traitement des bouquets me semblent proches. Mais pour les deux artistes le propos, la technique, l'intention, la puissance expressive sont bien différents. Redon met ses moyens picturaux au service de la narration d'un rêve. Ce dernier s'inscrit dans la démarche symboliste, proche des post romantiques "wagnériens". Il quitte ensuite le symbolisme pour la décoration, elle aussi rêvée. Alors que Redon développe les éléments constitutifs de son rêve, Marcon ne détaille pas, mais il est plus visuel, plus expressif: son propos sera parfois d'exprimer des émotions inspirées par une situation réelle, ou bien de donner un contenu réel à l'image qu'il veut composer, comme le faisait Juan Gris par exemple.
(PT, aout 2011)

 

Du mouvement

Rien n'est statique chez Charles Marcon, la ligne droite et même la courbe lisse est absente. La gravité ne semble pas affecter les personnages, évoquant pour certains la peinture de Chagall. Toutes les scènes ont un caractère vivant. L'action elle même est en devenir.C'est pourquoi des thèmes comme la corrida ou le polo conviennent parfaitement à son expression. Le premier, surtout, parce qu'il rajoute une scénographie, un espace, où Marcon donne la pleine mesure de ses moyens de dessin.

Raymond Charmet en avait décelé le sens profond: « Ainsi chez Marcon, tout s’inscrit dans l’élan de la vie. On a le sentiment d’une attente, pesante, mais pleine d’actions futures, d’un silence profond, mais qui va parler, d’une obscurité des choses et des hommes, mais nourricière de lumière. L’art de ce peintre si profondément intérieur, ne se révèle qu’à une attention recueillie ».

(AF aout 2011)

 

Les sujets d'inspiration

Le peintre a ses sujets de prédilection, qu’il revisite régulièrement, pour chaque fois les enrichir d’une variation originale. La tauromachie est l’un des plus marquants, tant en dessin qu’en peinture. La danse, le cirque, furent souvent traités, la maternité aussi. La musique occupe une grande place dans sa vie et dans son œuvre.  Vers 1991, il consacrait près de deux ans de création à Mozart, à l’occasion du bicentenaire de sa disparition.

Les poètes aussi ont façonné la sensibilité, les rèves de l’artiste. Ainsi René Char, Arthur Rimbaud dont il fera un portrait habité. « Rien de plus cher que la chanson grise où l’indécis au précis se joint », disait Verlaine dans son Art Poétique. Cet aspect est souvent palpable dans les œuvres où des personnages évoluent dans un paysage naturel : collines, vergers, bords de mer, ou même dans un chaos urbain. Ces personnages vont en procession, ou se répondent entre les différentes parties d’un tableau. Jamais décrits ou statiques, comme insaisissables.

Ce qui se passe entre ces personnages reste mystérieux. Bien souvent, ils mènent une existence solitaire, en marge d’un groupe à qui ils semblent appartenir alors même qu’ils s’en démarquent. Plus d’une fois, c’est un couple qui affirme ainsi son existence, et l’on sent bien que les choses ne sont pas simples. La vie personnelle de l’artiste  transparaît dans ces scènes où dominent les sentiments de perplexité, de questions non résolues.

(PT, mai 2011)

 

 

Les mots des critiques

« Je salue en Marcon le prophète d’un art basé sur l’imagination, que Baudelaire plaçait comme reine des facultés ». Waldemar George

 

« Les solutions plastiques qu’il propose ont autant d’interêt que ses visions. A l’époque où il est à la mode d’affirmer la mort du dessin et de la peinture, il poursuit tranquilement son chemin dans la peinture, dont il enrichit la tradition.[…] On a seulement besoin de talent, de décision, d’invention ».  André Parinaud

 

« La peinture de Marcon n’est pas pour tous, c’est une peinture pour l’« initié », […] une peinture qui vous offre une démarche plastique et un contenu de rêve, bref, la peinture d’un grand, rare et inhabituel artiste de notre époque ». Jean Bouret

 

« Le plus original chez Marcon sont ses toiles presque abstraites, où le mouvement se fond dans une sorte de tourbillion nocturne. On sent des mouvements  graves et fondamentaux, et en même temps on voit des formes étherées, laissant la part belle au vide, à l’imaginable qui sépare le réel du pré-réel.

« On ne doit pas intellectualiser à l’excès un peintre qui est essentiellement naturel, sans trop de préméditation, et doué d’une belle violence. Mais passer à côté de cet aspect élaboré de ces toiles, si directes à première vue, serait injuste. Marcon est un Vuillard des tempêtes. »  Alain Bosquet

 

« … Le jeu discipliné des taches tient lieu de graphisme, de système d’accentuation et d’expression figurative… La nouveauté de ce peintre est d’avoir, par plus de sincérité que de recettes, figuré avec joie non seulement le mouvement virtuellement exprimé, tel que nous pouvons l’apprécier quotidiennement au spectacle et dans la vie, mais la source même du mouvement potentiel, le mouvement « en blanc », d’où rayonne cette délectation à la fois spirituelle et sensuelle, cérébrale et musculaire, immobile et dansante qui est le propre de l’expression plastique ».  Georges Hilaire

 

« Ainsi chez Marcon, tout s’inscrit dans l’élan de la vie. On a le sentiment d’une attente, pesante, mais pleine d’actions futures, d’un silence profond, mais qui va parler, d’une obscurité des choses et des hommes, mais nourricière de lumière. L’art de ce peintre si profondément intérieur, ne se révèle qu’à une attention recueillie ». Raymond Charmet

 

Septembre 2009: Exposition Senn Foulds au musée Malraux du Havre

Le musée André Malraux du Havre exposait en septembre 2009 la dernière donnation de la collection de Mr Edouard SENN. Cotoyant notamment de grands noms comme Picasso ou de Stael se trouvaient exposées deux oeuvres de Charles Marcon, reproduites ci après.

2009_1_22.jpg© Collection SENN, musée Malraux, ville du Havre - Charles Maslard

"Comportement d'homme", 1970  (pastel et gouache sur papier craft)

 

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© Collection SENN, musée Malraux, ville du Havre - Charles Maslard

"taureau, deux personnages" 1964 ( pastel et gouache sur papier craft).